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Le Retour de Gil Scott-Heron

Gil Scott-Heron est né en 1949 à Chicago. Fils d’une bibliothécaire et d’un célèbre footballeur jamaïcain, il se lance très tôt dans l’écriture, d’abord de romans noirs (Le Vautour), puis de recueils de poèmes dont le premier fut « Small Talk at the 125th and Lenox », qu’il adapte ensuite en musique pour son premier disque (1970) sous l’égide de Bob Thiele (également producteur de John Coltrane) et aux côtés de Brian Jackson.

Ses premiers pas dans la musique sont en fait du spoken word, voix et percussions agrémentés de flûte et/ou de claviers. Ses disques suivants (notamment les exceptionnels « Free Will », « Winter in America », « The Revolution will not be televised »), influencés par Otis Redding, Coltrane et Robert Johnson, mélangent ce spoken word avec du blues, de la soul, et du funk.

Gil Scott-Heron, par son phrasé saccadé, faisant corps avec le rythme, est souvent considéré comme le créateur du hip hop aux côtés des Last Poets. Surtout, ses paroles engagées, évoquant les réalités du ghettos, le racisme, la politique américaine et l’apartheid en Afrique du Sud (dans « From South Africa to South Carolina » où il ose la comparaison entre les deux pays) et ses idées proches de celles des Black Panthers en font le porte-voix de l’Amérique Noire en pleine lutte antiraciste.

Ses morceaux, parfois doux et rêveurs, s’emportent souvent, donnant envie de botter furieusement le cul de tous les racistes de la planète, comme par exemple ce morceau « Ain’t no new Thing » où il évoque l’appropriation des innovations musicales noires par les musiciens-businessmen blancs, qu’il appelle « viol culturel » :

Impossible également de parler de cet homme sans vous faire écouter « The Revolution Will Not be Televised », brûlot révolutionnaire et critique radicale des médias de masse :

Malheureusement, la mort de sa mère et une consommation excessive de crack et de cocaïne le conduisent, dans les années 80, à effectuer plusieurs séjours en prison et mettent fin, croit-on, à sa créativité et son engagement. Gil Scott-Heron tombe alors dans l’oubli, bien qu’il reste très présent dans l’esprit de nombreux rappeurs qui le citent souvent en exemple (Blackalicious notamment). Ses rares sorties discographiques et scéniques des années 90 laissent le goût amer d’un homme brisé par la tristesse, l’alcool et la drogue.

Après 14 ans de silence assourdissant, notre homme revient aujourd’hui sur le devant de la scène avec l’album « I’m New Here » sur le label XL Recordings (Dizzee Rascal, Radiohead, Sigur Ros…). Un album sombre et magnifique. Incontestablement la meilleure nouvelle de l’année.

Extraits de l’album : morceau « I’m New Here »:

Clip du morceau "Me and The Devil" :

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Pour aller plus loin, vous pouvez aller visiter le site officiel de l'artiste, ainsi que ce site en français réalisé par un passionné de Gil Scott-Heron.

Guillermo Martinez